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De la culture des haricots

Qu'ils soient à rames ou nains, à consommer verts ou secs, les haricots ont cette remarquable particularité d'être des plus simples à cultiver, même si quelques précautions s'imposent. Une terre convenablement fumée, sans excès (le fameux compost « maison »), leur suffira. Malgré leur important développement, ce ne sont pas de grands gourmands. Par contre, si il y a bien une chose qu'ils détestent, ce sont les petits matins encore frisquets, ou une terre mal réchauffée. Un semis correct, dans de bonnes conditions doit lever extrêmement rapidement, en moins d'une semaine. Il est donc inutile de semer trop tôt. Tremper les graines 24h avant le semis ramollit l'enveloppe de la graine et favorise également la germination.
Les variétés naines peuvent se semer en lignes ou en poquets. Les variétés à rames en poquets uniquement. Le semis en ligne facilite la récolte, mais celui en poquet favorise le binage, une meilleure levée ainsi qu'une meilleure tenue au vent.
-Semis en ligne : Tracer un sillon de 3cm de profondeur, espacez les graines de 5cm et les rangs de 70cm minimum.
-Semis en poquets : Dans des « trous » de 5cm de diamètre profonds de 3cm, on dispose 6 à 8 -Semis en poquets : Dans des « trous » de 5cm de diamètre profonds de 3cm, on dispose 6 à 8 graines, ceci répété tous les 35cm. Les haricots étant faciles à semer, il est préférable d'arroser le fonds du sillon ou le trou de plantation avant de disposer les graines.  

Un peu d'entretien...
Comme tous les légumes, les haricots apprécient de commencer leur existence sur une terre « propre », convenablement binée. Quand les plants se sont un peu développés (on distingue nettement les deux premières feuilles) on les bute sur une petite dizaine de cm de hauteur.
Pour les variétés à rames, on dispose des perches de 2 à 3 m de longueur enfoncées dans le sol tous les 3 poquets environ, reliées entre elles et ficelées sur une barre horizontale au sommet. C'est la méthode la plus fréquente. Il en existe bien d'autres : utiliser du maïs en guise de tuteur comme dans la légende des trois sœurs (cf. hors série bio), les faire grimper sur des ficelles (aléatoire....), sur des tipis, des grillages ou des filets à ramer. Dans un ancien n° des Cahiers, Sébastien nous avait expliqué sa méthode qui bien qu'un peu fastidieuse est une des meilleures que je connaisse, tant pour son efficacité (possibilité d'étalement et de développement) que son esthétique.
Attention à l'arrosage, les haricots détestent qu'on mouille leur feuillage. Pour ce type de culture, paillages et gouttes à gouttes sont réellement idéaux.  

A surveiller
De si charmants compagnons au potager ne pouvaient forcément laisser indifférents quelques indésirables et parfois énervants hôtes de nos jardins.
Les limaces et escargots : Ces gastropodes raffolent des haricots quand ils lèvent. Les pièges à bière et la cendre sont alors des plus efficaces.
Les lapins : Ils ne sont pas en reste et disputeront volontiers aux précédents les pousses tendres. Une poignée de cheveux calée sous une pierre à chaque extrémité des rangs suffit à les faire fuir !
Les pucerons, les tétraniques (araignées rouges), la bruche du haricot (cette affreuse bestiole dont les larves mangent les grains) : Beaucoup plus difficiles. En cas de vraiment forte infestation, on peut utiliser les insecticides « bio » (à base de pyréthrine), en ayant conscience des nombreux dégâts collatéraux que cet emploi ne manquera de provoquer.
-Les maladies cryptogamiques : Par sa sensibilité à l'anthracnose, maladie qui provoque des tâches brunes sur le feuillage et déforme les gousses, la rouille provoquant elle des pustules poussiéreuses brunâtres puis noirâtres, et l'oïdium avec son feutrage blanc sur les feuilles, le haricot nous rappelle ses origines d'Amérique du Sud. Comme ses pairs les pommes de terre, les tomates ou les courges ayant fait le même voyage, il est sensible aux champignons. Il faut avant tout éviter de mouiller le feuillage, choisir un endroit au potager bien exposé au soleil, éviter de cueillir quand le feuillage est trop humide. Les solutions de base sont le cuivre pour l'anthracnose et la rouille, le souffre mouillable pour l'oïdium. Ces solutions sont un pis aller. L'usage de purins de prêles, consoude et orties semble particulièrement efficace pour renforcer les défenses de nos plantes.   

Les récolter et les conserver
Pour les variétés à consommer en grains secs, aucun problème. On peut soit directement cueillir les gousses sur la plante quand elles ont brunies, puis les écosser pour les mettre en bocaux, voir les garder avec leur enveloppe pour les suspendre en sacs de jutes dans un local frais et aéré et reporter ainsi l'écossage, soit pour certains les congeler. J'ajoute pour les jardiniers suspectant une attaque de bruches, et craignant qu'ultérieurement leurs larves dévorent les grains, un passage d'une bonne semaine au congélateur les débarrassera de ces gourmandes invitées.
Les haricots demi-secs se cueillent quand la cosse est encore verte, mais que le grain se distingue bien nettement, la gousse étant bien renflée et dodue. De nombreuses variétés se congèlent assez bien.
Plus exigeants, sont les mangetout et les filets. Il n'y a pas d'alternative que de passer régulièrement récolter avant qu'ils ne « prennent le fil », ou grossissent trop et durcissent. Il faut veiller à cueillir délicatement pour ne pas déraciner le pied tant que toutes les fleurs n'ont pas encore donné naissance à leur fruit. L'idéal est bien sûr de les consommer frais, mais en fonction des goûts de chacun et des variétés, il est possible de les congeler ou les stériliser en bocaux. Moins fréquente mais pourtant intéressante, il est possible d'utiliser la lacto-fermentation (méthode employée pour la choucroute). Pour les plus patients, on peut même laisser sécher un peu les haricots avant de les enfiler sur un fil suspendu dans un local sec et frais. Quoiqu'il en soit, la récolte pouvant être fastidieuse, il est recommandé de semer régulièrement des petites quantités. Pour indication, les haricots à filets nains peuvent produire 5 à 10kg pour 10m², 10 à 20 pour leurs cousins mangetout nains.  

Frais verts, beurre, secs, demi-secs, colorés, rayés, unis à grains ronds, rouges, noirs, blancs, marbrés et la liste serait longue, la palette des haricots n'en finit pas de nous surprendre. Beaucoup d'entre nous ont probablement encore en mémoire le souvenir de longues et parfois pénibles séances de cueillette en plein été, les reins douloureux ou la nuque raide, quand ce maudit panier semble être percé tant il semble ne jamais vouloir se remplir ! Plus on progresse et plus les rangs semblent s'allonger indéfiniment ! Et pourtant, quel jardinier se passerait de le cultiver ? Plus que tout autre, ce délice de fraîcheur illustre à merveille qu'un peu de peine au jardin est toujours largement récompensée. A l'heure du tout électronique, de l'Internet, de la télévision dans les cuisines, notre petit légume résiste, comme inconscient de son anachronisme. C'est avec plaisir qu'on peut voir des familles se retrouver ensemble le soir à bavarder autour du panier à équeuter ou écosser, chacun se disputant inconsciemment d'avoir devant soi le plus gros tas d'épluchures !
T_FEDESAMARTH