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De la culture de l'ail

L'ail n'est pas à proprement parler une plante difficile à cultiver. Chacun peut aisément en obtenir de quoi satisfaire sa consommation annuelle. Cependant, elle est dans de nombreuses régions aux sols un peu froids, humides et, ce qui va souvent de pair sensibles au tassement, difficile à bien réussir. J'entends par là obtenir de beaux caïeux dépassant le calibre de l'olive ou de la noisette...
Notre alliacée redoute deux facteurs finalement faciles à « contrôler » : les sols aux fumures fraîches et les excès d'humidité. Il est impératif de la planter non sur un sol pauvre et n'ayant jamais connu les joies du fumier ou du compost, bien au contraire, mais sur des sols dont ces apports ont été réalisés la saison précédente, sous peine de la voir échauffer.
Les excès d'humidité, la fraîcheur persistante d'un terrain a priori impropre à cette culture peuvent être améliorés de manière remarquable par un simple travail mécanique : le billon. Peu à peu abandonnée, cette technique semble « revenir » chez de nombreux professionnels. Le billon est tout simplement une butte de terre de 25 à 30cm de hauteur que l'on monte au butoir ou à la houe avant d'en araser le sommet. La terre se décompacte alors naturellement et deux allées d'écoulement d'eau se créent automatiquement de part et d'autre de cette butte. Il n'y a pas de bouleversement du sol ou de mélange des couches pour un résultat pourtant égal au bêchage sur bien des points : enfouissement d'éventuels déchets organiques, ameublissement du sol et bouleversement des adventices présentes ou prêtes à germer. Autre avantage non négligeable, on estime que ces simples buttes augmentent de façon considérable la température du sol : 3 à 4°C.
Une fois le terrain près, on enfonce les caïeux du tour (ceux du centre sont moins productifs), la pointe vers le haut à 2cm de profondeur en les espaçant d'au moins 10cm sur le rang, en espaçant ces rangs de 30cm. Personnellement, pour des facilités de binage je les « mets » à 15. Les fameux caïeux du centre, qui ne forment souvent qu'une seule tête peuvent être plantés à part et récoltés plus tôt en ail vert. 
Les plantations d'automne, exceptées pour les régions dîtes à hiver doux, donnent de bien meilleurs résultats qu'au printemps, ceci se vérifiant d'autant plus ces dernières années avec les étranges débuts de saison que nous connaissons... Il n'y a pas de date précise pour planter l'ail, cependant, quand les fermes n'étaient pas encore ces grandes unités monoculturales que nous connaissons maintenant, mais des exploitations extrêmement diversifiées, on plantait l'ail après les vendanges en ayant à l'esprit ce dicton : « La toussaint doit voir l'ail lever ».  

Au cours de la saison
Plus que d'autres encore, l'ail déteste être enherbé et apprécie les jardiniers coutumiers de la binette. Installé à l'automne, il exige un binage très rigoureux avant l'hiver. A cette saison de nombreuses adventices vivaces s'implantent durablement et profitent de la morte saison pour développer un puissant système racinaire qu'il sera bien difficile d'éliminer au printemps. Cette opération fastidieuse devra être répété plusieurs fois.
En cas de forte sécheresse on peut arroser raisonnablement au mois de mai et juin en prenant bien garde de ne pas mouiller le feuillage.
Un mois avant la récolte, qui a lieu en général au mois de juillet, il est conseillé de bien gratter autour des pieds en formation pour les déterrer légèrement. Ceci facilite d'une part leur grossissement, et évite d'autre part d'éventuels échauffements.
Marquant la fin de son cycle, la tige de l'ail jaunit et se couche, signalant ainsi qu'elle concentre toutes ses réserves dans le bulbe en cours de formation. Pour augmenter la récolte, on noue généralement les feuilles un mois avant, ou plus rapidement, on les couche au sol avec le dos du râteau.
On récolte l'ail par temps sec, en le laissant sécher quelques jours sur le sol avant de le rentrer dans un endroit frais et surtout bien sec à l'abri de la lumière. Il est recommandé de lui laisser ses fanes et de ne l'éplucher qu'au fur et à mesure des besoins pour faciliter sa conservation. Les plus patients peuvent le tresser comme on tresse des cheveux, ou réaliser une tresse simplifiée. Les plus pressés se contenteront de le ranger dans des cagettes pas trop hautes, ce qui est moins esthétique mais tout aussi efficace.  

Méfiance...
Peu d'insectes s'en prennent à l'ail qui aurait d'ailleurs des propriétés insecticides et répulsives. De nombreux essais sont en cours actuellement pour estimer dans quelle mesure cette alliacée et quelques autres pourraient sous forme de purins ou de décoctions être employées en agriculture biologique. Le simple fait de couper les fanes et les laisser sur le terrain a un effet bénéfique pour les autres cultures. Quelques irréductibles risquent cependant de se montrer gourmandes : La teigne (affreuse petite chenille vert blanchâtre) et l'anthomie, un petit vert blanc qui ronge les bulbes. La larve de hanneton, un gros vert blanc cette fois, peut occasionner de gros dégâts dans les semaines qui suivent la plantation en dévorant systématiquement les racines.
Du côté de nos traditionnels champignons, grands pourfendeurs de cultures dès que celles-ci ne sont pas dans des conditions optimales de croissance (ce qui arrive plutôt fréquemment malgré tous les bons soins que l'on croit apporter) deux se distinguent :
-La rouille, avec ses tâches orangées caractéristiques sur le feuillage, que l'on traite en général au cuivre : bouillie bordelaise, sulfate de cuivre ou mieux, oxychlorure de cuivre.
- La graisse, qui fait pourrir les bulbes en terre. Elle est provoquée par des excès d'humidité ou des amendements trop frais. Contre celle-ci il n'y a pas grand chose d'autre à faire que d'arracher et brûler les sujets atteints en veillant bien à respecter scrupuleusement les rotations les années suivantes.
Cependant, dans des conditions correctes de culture, l'ail reste une plante en général peu sensible aux maladies et ravageurs. 

Relativement facile à cultiver, peu exigeant sur la qualité des sols, l'ail est le condiment indispensable au potager, de ces plaisirs simples dont on ne saurait se passer. Quand au moment - toujours un peu rédhibitoire - de le biner, notre dos ou nos articulations nous rappellent à l'ordre, une simple pensée pour son parfum fort et subtil, la note méridionale qu'il ne manque pas d'apporter à chacun des plats où il est convié, suffit à se redonner du cœur à l'ouvrage. En savourant à l'avance tant ses vertus culinaires que ses bienfaits sur notre santé. 
T_FEDESAMARTH