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De la culture de la tomate

Comme toute première étape, elle est la condition d'une culture réussie. Là encore, autant de méthodes que de jardiniers... Malgré tout, la base commune est de les planter dans un endroit dégagé, lumineux et aéré. La terre doit être amendée mais pas à l'excès. Le compost « maison », enfoui au Printemps est idéal. Le sol doit être convenablement ameubli et débarrassé de ses mottes s'il y en a, gênantes pour une bonne implantation racinaire.
Ayant la particularité de pouvoir émettre des racines sur sa tige si elle est en contact avec la terre, les tomates se plantent profonds. Les petits « poils blancs » que vous apercevez en regardant votre plant de près, si vous les enterrez, ne demandent qu'à se transformer en source d'alimentation et d'ancrage.
Pour les plus courageux, une méthode courante consiste à creuser une petite tranchée de 10cm de large sur 15 ou 20 de profondeur. On dispose au fonds des orties ou de la consoude coupées et séchées quelques jours au soleil. Ce « lit » est recouvert de terre, avant d'y planter les tomates allongées en ayant soin de délicatement relever la tête, et laisser en tout une douzaine de cm à l'air libre. Si vous prévoyez de tuteurer, ne tardez pas à installer vos supports propres et débarrassés des restes de vos cultures précédentes. Trop tard, vous risqueriez d'endommager les racines.  
Polémiquons un peu...
C'est au moment d'aborder la distance d'espacement d'un pied à l'autre que finalement se pose la fameuse question de la conduite et l'entretien des tomates. Traditionnellement on recommande 50cm entre chaque pied sur le rang, et 70cm entre les rangs. Ces chiffres sont valables pour une culture classique, avec taille par suppression systématique des gourmands dès qu'ils apparaissent. Il faut savoir que cette méthode, maintenant de loin la plus fréquemment employée, est malgré tout dans l'histoire de la culture des tomates relativement récente.
Aux jardiniers curieux, ou souhaitant simplifier leur travail faute de temps ou d'envie, nous aborderons dans un autre article ces autres méthodes de conduite qui n'impliquent pas forcément la taille telle qu'elle se pratique aujourd'hui. Se développant plus, les plantes requièrent alors plus d'espace. On peut laisser 1m à 1m50 en tous sens entre chaque plant. Ainsi, de même que nous insistons sur l'importance de diversifier d'un point de vue variétal, il peut être intéressant, même sur quelques pieds seulement, de diversifier ses pratiques au jardin. Tout à fait personnellement, je pratique maintenant les deux méthodes (taille et non-taille) avec des résultats toujours un peu fluctuants d'une saison à l'autre, mais jamais décevants.
Alors, au moment de planter, 70cm/50cm, ou au moins un bon mètre en tous sens ? Quoiqu'il en soit, l'assurance d'un vrai régal au jardin cette année encore !   

Pourquoi tailler ?
Voici ce qu'en disaient nos « anciens » : « Les variétés les plus tardives gagnent à être plantées au pied d'un mur ou d'un abri à bonne exposition. C'est surtout pour ces tomates qu'il est utile de limiter la production à un nombre restreint de fruits, en supprimant tous les bouquets qui se développent tardivement. Il est bon quelquefois aussi de supprimer une partie des pousses ; mais il faut le faire avec discernement et sans trop diminuer le nombre des feuilles que porte la plante. »
Vilmorin et Andrieux : Les plantes potagères 1883.
Un peu plus récemment, on pouvait lire dans la quatorzième édition du Guide Clause en 1957 :« La taille s'impose pour favoriser le développement des fruits en limitant leur nombre et pour hâter leur maturité. Elle sera donc d'autant plus sévère qu'on désirera obtenir une récolte précoce. »
Tout à fait récemment cette fois, dans son Manuel de production de semences dans le jardin familial - Répertoire de variétés voici, ce qu'avec son habituelle force de conviction, écrit Dominique Guillet en 2001: « La taille des tomates nous rend tristes, très tristes. A-t-on l'exemple d'une autre plante potagère que l'on massacre avec autant d'aplomb dans les jardins ? Et si encore, on soignait la plante avec du lait d'argile. Mais non, le jardinier est là, béat d'admiration, devant l'efficacité de son sécateur à l'assaut des « gourmands ». »   

Que faire ?
Voilà. Trois extraits, et d'un auteur à l'autre (tous expérimentés et ayant les arguments pour justifier leur théorie), des points de vue pouvant différer sur la manière d'envisager la fameuse taille des tomates.
Quoiqu'il en soit, à cette question « Que faire ? », la réponse est des plus simples : Ce que vous voulez ! Mais, indispensable petit complément : en sachant pourquoi. Ainsi, la taille des tomates par égourmandage n'est pas nécessaire*. Elle est destinée à augmenter le calibre des fruits et leur précocité. Ce qui n'est pas un mince avantage ! Par contre, cette méthode comporte deux inconvénients majeurs : elle demande du temps et du discernement. Certaines variétés sont particulièrement difficiles à tailler : la « tête » n'est pas toujours facile à distinguer d'un rameau secondaire. Je pense particulièrement à des variétés comme Noire de Crimée, ou Banana Legs. De plus, supprimer les gourmands occasionne des plaies. Il est indispensable de songer à aider à la cicatrisation par un poudrage de maërl, ou un léger badigeon d'argile verte par exemple. Malgré tout, après la taille, le pied a subi un stress, il dispose de moins de surface foliaire pour lui assurer une alimentation et une respiration normale.
Une autre vision consiste donc à ne pas tailler du tout et laisser à la plante son entier développement. Elle aura donc besoin de beaucoup plus de place. Comptez un écartement au moins d'un mètre entre, et sur le rang. Les fruits arriveront à maturité plus tardivement et seront de moindre calibre. C'est le premier « inconvénient » de cette technique. Le deuxième, tout aussi relatif, est la difficulté du tuteurage. Les tomates conduites ainsi librement peuvent se montrer très exubérantes, et un simple piquet planté au pied ne suffira pas.
Etrangement souvent oubliée, alors qu'elle était la méthode la plus courante chez les professionnels comme chez les amateurs : la conduite sur deux brins. Après avoir « pincé » le pied à 20cm du sol, on ne garde que les deux brins qui se forment latéralement. Ensuite, tous les gourmands sont supprimés. Cette intéressante solution est probablement celle qui demande le plus de discernement, mais l'habitude se prend vite. Etant le parfait compromis des deux visions précédentes, elle allie avantages et inconvénients de chacune.   

Les tuteurages.
Bien que pas indispensable, il est pourtant recommandé de tuteurer les tomates. La récolte s'en trouve largement facilitée. Le feuillage et les fruits beaucoup moins humides que s'ils traînaient sur le sol n'en seront que plus sains. Un tuteur d'une hauteur de 1m20, enfoncé tôt après la plantation pour ne pas endommager les racines suffit pour la conduite désormais classique de la culture sur un seul brin. Quelques liens de raphia pour les maintenir après chaque égourmandage, et le tour est joué.
Pour la culture sur deux brins, mais également valable pour la précédente, et la « non-taille », le palissage horizontal (sur fil de fer, grillage à moutons, bambous etc.) se révèle une solution pratique et esthétique, ce qui ne gâche rien. Sur des piquets plantés à 3 ou 4 mètres maximum de distance, faire un premier rang à 50cm de hauteur, le second à 80. En général il n'est pas nécessaire d'aller plus haut, la plante devant à ce stade de sa croissance avoir suffisamment de vigueur pour tenir par elle-même. Attention toutefois à bien lier les brins sur les rangs, sans toutefois contraindre les pousses, pour éviter qu'elles ne glissent et s'affalent latéralement sur leur support.   

Attention tomate féroce !
Une tomate peu ou pas taillée a un développement beaucoup plus important que ce que nous connaissons habituellement. Certaines variétés laissées « libres » donnent toute leur mesure et s'avèrent souvent impressionnantes. Je pense particulièrement à la délicieuse « andine cornue ». Comme nous l'avons vu précédemment, elles doivent donc être plantées avec un espacement important. Se pose alors la difficulté du tuteurage. 
Demandant un petit investissement financier, un peu de place pour les stocker l'hiver, la solution idéale est la... cage ! Cylindrique, de 45 à 75cm de diamètre pour 0.90 à 1m50 de hauteur, elle sera réalisée en fil de fer renforcé (du treillage à béton par exemple), avec un maillage de 15cm environ, de manière à faciliter la cueillette. Paradoxe amusant, c'est à l'intérieur de leur « cage » que vos tomates pousseront le plus librement !
T_FEDESAMARTH