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Rouge, lisse, ronde, ferme, brillante. A force de sélections elle finira bien par rebondir quand on la lancera : La tomate.

Xavier Mathias et Les Cahiers du Potager Bio nous raconte  

Rouge, lisse, ronde, ferme, brillante. A force de sélections elle finira bien par rebondir quand on la lancera : La tomate. 

Je me souviens avoir appris très jeune (c'était il n'y a pas si longtemps et pourtant...) à cueillir les tomates. Fils de viticulteur, mes parents en cultivaient quelques 150 pieds par an. Les fruits récoltés durant l'été étaient mis en conserves en prévision des importantes tablées de vendanges. Nous, les enfants, aidions de plus ou moins bon cœur à la cueillette. Je revois ma mère nous expliquer que les tomates mures se reconnaissaient avant tout au toucher quand, gorgées de soleil, elles commencent à ramollir. Peu importe que leur couleur ne soit pas parfaitement uniforme. Particulièrement au niveau du collet, qui souvent s'obstinaient à rester désespérément vert. Une fois cueillies - et délicatement, avec la pointe de l'ongle du pouce pour couper le pédoncule - nous étions fermement invités à poser avec précaution les précieux fruits dans nos seilles (nom donné au seau à vendanges). Souvent un peu éclatées, avec leur peau lisse et adhérente à la chair, le risque de les transformer en coulis avant le retour à la cuisine était important. A voir maintenant, ces mêmes tomates, à longueur d'années à l'étalage, calibrées, uniformes et rutilantes comme des camions de pompier les jours de parade, je n'ai pas l'impression de parler du même fruit. Heureusement, pour les consommateurs encore nombreux à être excédées par la perte de qualité, l'uniformisation des couleurs, des formes et des goûts de nos chères tomates, il est possible de retrouver les saveurs du jardin.  

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Une proche cousine de... la pomme de terre !* 
Comme ce fut le cas pour de nombreux domaines scientifiques, la botanique connut un véritable essor à la fin du XVème puis au cours du XVIème siècle, lié aux grands voyages vers de nouveaux continents. L'histoire de nombreux légumes parmi les plus consommés aujourd'hui est directement liée à cette période.
Aussi étrange que cela puisse paraître, tomates et pommes de terre appartiennent à la même famille botanique : les Solanacées. Ainsi, leur parcours est en de nombreux points similaire. Sur le vieux continent, les solanacées sont bien mal perçues. Il faut dire que leurs plus éminentes représentantes étaient le Datura, qui rend fou, la redoutable belladone, la Mandragore - également connue sous le doux nom d'herbe aux pendus - ou la très toxique Jusquiame. On leur trouve alors bien des excuses à nos « anciens », de s'êtres montrés méfiants. Les botanistes n'ont guère fait preuve d'un enthousiasme débordant non plus, qui la nommèrent Lycopersicon : La pêche du loup ! Comme sa cousine souterraine, il lui faudra parcourir un long chemin, avant d'acquérir son présent statut.
Ce sont les conquistadors espagnols qui la découvrirent lors des grandes conquêtes. Les civilisations Incas la cultivaient depuis des siècles. Agriculteurs hors-pair, ils avaient amélioré un petit fruit originaire des Andes péruviennes (lycopersicon cerasiforme) pour en obtenir de plus gros, proche du fruit que nous connaissons maintenant : Lycopersicon Lycopersicum, la Tomate, dont le nom vient directement du mot nahuatl, la langue aztèque : Tomatl.
Les italiens qui l'accueillirent les premiers à la fin du XVI° siècle, l'ont beaucoup plus facilement adoptée. Ils la baptisèrent même Pommodoro (pomme d'or). Dans le sud de la France où elle réussit une percée, elle est aussi connue sous le nom de « Pomme d'amour ». On lui prêtait à l'époque des vertus aphrodisiaques, contredites maintenant par la science, mais... Toujours est-il, que dans le Nord de la France, plus réservés, on se contente de la cultiver comme plante ornementale. Il faut attendre 1778 pour que, des pages du jardin d'agrément, elle passe dans celles des plantes potagères du catalogue de référence de l'époque, celui de Messieurs Vilmorin et Andrieux. Autre ouvrage de référence, « Le bon jardinier » a besoin de huit années de réflexion supplémentaire. Elle n'y a sa place de légume qu'en 1885.  

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Un peu de patience... 
Faute d'un Parmentier pour en assurer la promotion, notre tomate va devoir patienter pour connaître un véritable essor. C'est finalement grâce à la révolution qu'elle finit par conquérir Paris. Quand les révolutionnaires marseillais arrivèrent à la capitale, en plus de l'égalité des droits, ils réclamèrent des... tomates ! Eux savaient parfaitement les accommoder, et des cuisiniers de la grande cité du sud y firent même fortune avec leurs spécialités à base de tomates. La demande étant maintenant bien crée. Les maraîchers des environs de la capitale commencèrent à la cultiver. Faute d'ensoleillement et de variétés bien adaptées, leur production était plutôt destinée aux sauces et coulis. Mais même le grand Brillat-Savarin est convaincu, qui admet : « On en fait d'excellentes sauces qui s'allient à toutes espèces de viandes. »
Maintenant qu'elle a acquis ses lettres de noblesse sur le vieux continent, notre solanacée peut s'en retourner vers ses contrées d'origine. Au début du XIX° siècle, elle revient sur le continent qui l'a vu naître par l'Amérique du Nord, tandis que dans le midi de la France sa culture se développe. Elle est en effet l'idéale substitution à la vigne atteinte du phylloxéra, au mûrier qui n'arrive pas à résister à la concurrence internationale etc.
Aujourd'hui en France, les producteurs conventionnels de tomates sont confrontés à leur tour à la concurrence internationale du Sud de l'Europe et du Nord de l'Afrique. La boucle semble bouclée. A ce détail près : dans le cadre de ces productions intensives et désaisonnalisées, parlons-nous bien du même fruit que celui qui pousse dans nos jardins, ou qu'un petit producteur local vend au marché de la fin Juin à la mi-Octobre** quand l'année est propice ?  

* Par leur similitude, certaines variétés sont d'ailleurs dites à « feuillage de pomme de terre ». « Yellow Brandywine » ou « Casaque Rouge » par exemple.
**Ces dates correspondent à une culture sous abri froid pour le climat parisien.  


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Pour le plaisir des yeux... 
Avant le plaisir de la bouche, et largement influant sur celui-ci, le plaisir des yeux est déterminant. En ce qui concerne les tomates, nous voilà servis et de belle manière. Ne serait-ce que par leurs formes. Rondes lisses, rondes côtelées, aux allures de poires, de cerises, de piments ou de poivrons, voir franchement suggestives (je pense en particulier à la variété « Téton de Vénus », qui, même si je n'ai pas connu personnellement Vénus, honore particulièrement bien son nom). Et leurs couleurs évidemment. Rouges bien sûr. Mais également violettes, pourpres à la limite du noire, jaunes, oranges, vertes (même à maturité) et tant que nous y sommes, rayées vertes et jaunes ou rouges et jaunes. Les tomates se déclinent quasiment à l'infini. Il n'en n'existe pas encore à pois, mais la palette est suffisamment large comme ça, sans que les génies de la génétique ne s'y attachent... Hormis leur apparence, cette différence de teinte sous-tend un code génétique différend. Par voie de conséquence des vertus variables.
Nous retrouvons (et ce n'est pas fini avec nos précieux légumes), l'affreux mais explicite néologisme : « alicament ». Ou comment se soigner grâce à son alimentation. L'idée est plaisante et correspond sans nul doute à une certaine réalité. Je laisse à chacun ses convictions. Sans aller forcément jusque là, faire attention à la qualité des produits (respecter les saisons) et surtout diversifier* son alimentation, sont à n'en pas douter un moyen de se prémunir de bien des affections. A cet effet, les tomates se révèlent de tout premier ordre. Par leur couleur déjà, elles ont la gentillesse de nous révéler les bienfaits cachés dans leur pulpe.  

* Maître mot des « Cahiers »...  

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Les goûts et les couleurs. 
Si leur composition change pour donner cette palette de couleurs, conséquemment, leurs saveurs et leurs valeurs nutritives sont différentes. Afin de vous y retrouver dans cet arc-en-ciel, et pouvoir choisir vos variétés en fonction de vos besoins et préférences, voici, résumée, l'explication du phénomène des couleurs.
Elles sont dues à un groupe de pigments : les carotènes. Les tomates en contiennent deux essentiels : le Lycopène, qui donne la couleur rouge, et la béta-carotène, orange. Elle en contient d'autres mineurs, dont par exemple, le phytoène et le phytofluène incolores.
C'est l'interaction des teintes d'une part de la peau, d'autre part de la chair qui détermine leur couleur. Ainsi, les tomates que nous connaissons tous de couleur rouge, sont le résultat d'une peau jaune et d'une chair à lycopène rouge dominant : 50% de lycopène, 7% de béta-carotène orange et 43% de carotène incolore. Le jeu des associations peut commencer... Imaginons que le « peintre » sur sa palette conserve la peau jaune, mais ajoute du lycopène, en supprimant un peu de carotène : il obtient une tomate pourpre. Si la nuance ne le satisfait pas, qu'il remplace la peau jaune par une incolore : la tomate est alors violette.
Si maintenant ce peintre, décidément expérimentateur dans l'âme, enlève de sa palette les lycopènes rouges, et ne garde que les béta-carotènes oranges. Associés à des peaux jaunes, en jouant sur la quantité de béta-carotènes, il obtiendra la gamme des tomates jaunes et oranges. Si l'envie lui prend, de recouvrir cette fois ces fruits d'une peau transparente, l'interaction avec la chair jaune donne la gamme des tomates blanches. Les possibilités ne s'arrêtent pas là. Si à sa palette il veut ajouter du vert, certaines variétés ont la particularité de ne pas perdre toute leur chlorophylle à maturité. Pour le plaisir, peuvent également s'ajouter certains gènes (gn, gs ou r), permettant d'obtenir des fruits à rayures !
Alors, faîtes votre choix. Riches en lycopènes ou en béta-carotènes, les tomates sont sources de vitamines A (« Double Rich » orange en contient autant qu'une... orange), B, C et K. Par ailleurs, grâce à leurs 90% d'eau, 3 à 4% de sucres, leur faible taux de protides et de lipides, elles sont à consommer presque sans modération. Pendant la saison (malheureusement bien courte) uniquement !  

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Les choisir en fonction de ses besoins et du climat. 
Pour les tomates particulièrement, le climat est source d'échec ou de superbes réussites. Malgré la forte envie que nous avons tous de s'en régaler le plus tôt possible, (excepté dans le Sud et le midi de la France), dans des conditions de cultures « normales », c'est à dire de plein champs, il est risqué de planter avant le 15 Mai. Il nous faut alors patienter jusqu'à ce que ces messieurs Mamert, Pancrace et Gervais*, les fameux « saints de Glace », s'en soient retournés avec leur hiver tardif. En espérant qu'ils auront bien voulu épargner nos autres semis précoces...
Même si, plantées de bonne heure, vos tomates ne gèlent pas, une plante a besoin d'une croissance pas forcément rapide, mais régulière. De brutales interruptions, alternées avec des redémarrages de végétation les fragilisent. Sans remettre totalement en question le succès de votre culture, elles peuvent en altérer la réussite.
Néanmoins, une solution intéressante consiste à acheter ou produire de bonne heure quelques spécimen de variétés précoces, à planter de bonne heure au jardin avec si possible une petite protection. Les solutions sont multiples, elles vont du petit tunnel plastique souple ou rigide facile à se procurer (penser à ventiler), à la simple vitre appuyée verticalement sur un piquet à quelque distance du pied. D'aucuns se contentent d'un peu de paille, d'autres posent une cloche à melon (attention aux brûlures et à la condensation) ou profitent de la proximité d'un mur plein Sud. Les solutions ne manquent pas, et je laisse à la souvent fertile imagination des jardiniers le soin d'en trouver encore. Evidemment, ces protections s'avèreront insuffisantes en cas de brutal refroidissement, mais il ne s'agit que de quelques pieds, dont la perte ne représenterait pas une bien terrible faillite. Par contre en cas de succès, déguster les premières tomates au jardin tôt dans la saison est un vrai bonheur !
Il est également bon de tenir compte de l'emploi que l'on souhaite en faire. Sont-elles cultivées pour être consommées essentiellement crues, cuites, farcies, en coulis ou conserves pour l'hiver ? Pour être grignotées par les enfants directement au jardin, ou pour le plaisir des yeux ? Les variétés bigarrées font des salades superbes et appétissantes, les gros calibres en général se prêtent à être farcies, et des variétés comme « Roma », « Andine Cornue », contenant peu de jus et de pépins font d'excellents coulis ou conserves. Les amateurs apprécieront. Chacun expérimentant suivant ses goûts et traditions. Quant aux tomates cerises, poires ou prunes, picorées sur le pied ou apprêtées pour un apéritif enfin léger et non saturé de sel, leur succès est garanti ! A ce sujet, je précise que ces variétés à petits fruits sont idéales pour les débutants. Ne nécessitant pas de taille réelle, qu'un peu de place, d'air et d'eau, elles sont immanquables. Elles peuvent même se plaire en pot. Il faut alors prévoir large, au minimum 50cm par 50cm, d'un mélange contenant au moins 2/3 de terre de jardin enrichie de compost et 1/3 de terreau.  

*11,12 et 13 Mai.  

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L'embarras du choix... 
Pour ceux qui font leur plant eux-mêmes, il est relativement simple de trouver des graines sympathiques et un peu différentes de ce qui est communément proposé. Mais, semer puis repiquer des tomates requiert un peu d'expérience et du temps dont tout le monde ne dispose pas. Je déplore alors, qu'il soit souvent difficile de trouver en plants des variétés souvent extraordinaires, n'ayant pour seul défaut de ne pas être dans les habitudes des professionnels. Cela dit, certains le faisant déjà avec succès, gageons qu'avec aussi votre insistance, d'autres s'y mettront. Enfin nous verrons peut-être les « Noire de Crimée », « Rose de Berne » et consorts sur les étals. Comme pour tous les légumes en général, il est difficile d'affirmer que telle variété est meilleure que telle autre. La terre, les soins apportés par le jardinier, et surtout les facteurs climatiques influent énormément sur la réussite. Ce qui par contre est certain, et maintes fois vérifié, est que plus on plante de variétés différentes, plus on accroît ses chances de succès. Dans la mesure du possible, il est bon cependant de les tester pendant deux ou trois ans, tant leur saveur et leur productivité dépendent des étés et débuts d'automne qu'elles auront à connaître.
Il est bien sûr impossible de citer les centaines de variétés existantes. D'autant que les tomates semblent bénéficier d'une relation privilégiée avec de nombreux jardiniers. Chacun cultivant soigneusement telle ou telle. Choix souvent justifié par des arguments massue du type : Elle est bonne ! Et comme il n'existe meilleure justification, je vous propose un survol tenant compte des précocités, couleurs et calibres. La précocité se calcule non par rapport à la date de semis, mais à la date de plantation. Elle est bien sûr variable. Les chiffres qui suivent ne sont qu'une moyenne : Précoce pour les tomates dont la croissance est de 55 à 70 jours, de mi-saison entre 70 et 85 jours. Au-delà, tardives.  

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* A considérer plus comme une curiosité au jardin, que comme une merveille de gastronomie.
** Une de mes favorites. Pas particulièrement meilleur qu'une autre, mais la parfaite illustration qu'une tomate n'est pas toujours ronde, lisse et appétissante.
*** Elle fera très joli à côté d'un pied de « Banana legs ». D'autant que ses caractéristiques gustatives sont à peu près équivalentes...  


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La Plantation. 
Comme toute première étape, elle est la condition d'une culture réussie. Là encore, autant de méthodes que de jardiniers... Malgré tout, la base commune est de les planter dans un endroit dégagé, lumineux et aéré. La terre doit être amendée mais pas à l'excès. Le compost « maison », enfoui au Printemps est idéal. Le sol doit être convenablement ameubli et débarrassé de ses mottes s'il y en a, gênantes pour une bonne implantation racinaire.
Ayant la particularité de pouvoir émettre des racines sur sa tige si elle est en contact avec la terre, les tomates se plantent profonds. Les petits « poils blancs » que vous apercevez en regardant votre plant de près, si vous les enterrez, ne demandent qu'à se transformer en source d'alimentation et d'ancrage.
Pour les plus courageux, une méthode courante consiste à creuser une petite tranchée de 10cm de large sur 15 ou 20 de profondeur. On dispose au fonds des orties ou de la consoude coupées et séchées quelques jours au soleil. Ce « lit » est recouvert de terre, avant d'y planter les tomates allongées en ayant soin de délicatement relever la tête, et laisser en tout une douzaine de cm à l'air libre. Si vous prévoyez de tuteurer, ne tardez pas à installer vos supports propres et débarrassés des restes de vos cultures précédentes. Trop tard, vous risqueriez d'endommager les racines.  

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Pour conclure, polémiquons un peu...  
C'est au moment d'aborder la distance d'espacement d'un pied à l'autre que finalement se pose la fameuse question de la conduite et l'entretien des tomates. Traditionnellement on recommande 50cm entre chaque pied sur le rang, et 70cm entre les rangs. Ces chiffres sont valables pour une culture classique, avec taille par suppression systématique des gourmands dès qu'ils apparaissent. Il faut savoir que cette méthode, maintenant de loin la plus fréquemment employée, est malgré tout dans l'histoire de la culture des tomates relativement récente.
Aux jardiniers curieux, ou souhaitant simplifier leur travail faute de temps ou d'envie, nous aborderons dans un autre article ces autres méthodes de conduite qui n'impliquent pas forcément la taille telle qu'elle se pratique aujourd'hui. Se développant plus, les plantes requièrent alors plus d'espace. On peut laisser 1m à 1m50 en tous sens entre chaque plant. Ainsi, de même que nous insistons sur l'importance de diversifier d'un point de vue variétal, il peut être intéressant, même sur quelques pieds seulement, de diversifier ses pratiques au jardin. Tout à fait personnellement, je pratique maintenant les deux méthodes (taille et non-taille) avec des résultats toujours un peu fluctuants d'une saison à l'autre, mais jamais décevants.
Alors, au moment de planter, 70cm/50cm, ou au moins un bon mètre en tous sens ? Quoiqu'il en soit, l'assurance d'un vrai régal au jardin cette année encore !    



Bibliographie :
Des légumes. JM Pelt.
Les semences de Kokopelli. Manuel de production de semences dans le jardin familial. Répertoire de variétés de semences. Dominique Guillet.
L'Histoire n° 297 Avril 2005.
Le guide du jardinage biologique. JP Thorez.
Le Petit Larousse illustré.  


Manifestations :
Fête de la tomate et conservatoire à la Bourdaisière.   



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Quand la (bio)diversité n'est pas qu'un mot : Robert Albezard, « Les jardins du Perche ». 

La grande époque du retour à la terre des années 70 est passée. Le mouvement « baba cool » s'est plus qu'essoufflé quand au rêve est venue se confronter un quotidien difficile à assumer. Désormais chacun reste à sa place : les paysans à la campagne et les urbains en ville. Voilà. Tout est rentré dans l'ordre. Nous sommes bien dans les années 80, celles des plans de carrière et des utopies déçues. A cette époque, derrière son micro ordinateur, Robert Albezard s'ennuie. A contre-courant des pensées dominantes du moment, soutenu par une épouse institutrice (future active « bénévole » de l'exploitation), ils choisissent de tout remettre en question, et partent s'installer dans le Perche. Désormais, Robert Albezard n'est plus informaticien, mais maraîcher biologique.
Les débuts sont extrêmement difficiles, et demandent une bonne dose de courage et d'inconscience. Avec pour tout équipement une bêche et un tunnel, le pari n'était pas gagné. D'autant qu'on ne peut pas dire que les deux hectares de terre lourdes et battantes (argiles à silex et limons très fins), bien difficilement acquises, se prêtent idéalement au maraîchage. L'apprenti maraîcher découvre donc au fur et à mesure des saisons son nouveau métier, et à connaître et aimer sa terre. A visiter l'exploitation en pleine saison, et au vu des résultats, on comprend qu'elle le lui rend bien !
A force de ténacité, petit à petit le pari semble gagné. Le jeune maraîcher s'aguerrit et de plus en plus se prend au jeu. Toujours ouvert à de nouveaux horizons, les rencontres étaient inévitables. Ce sont des collectionneurs passionnés comme Jean Achard, ou Philippe Marolles qui lui inoculent le virus de la diversité. Ce fut efficace et même contagieux. Maintenant jeune retraité depuis le mois de Mars, sa fille Nathalie (depuis dix ans sur l'exploitation, avec entre autres la lourde responsabilité de la récolte et du tri des graines) reprend le flambeau, avec la ferme intention d'aller encore plus loin, sous l'œil attentif et les conseils bienveillants de son père.
Cette saison, « Les jardins du Perche » proposeront encore quelques 40 variétés de plants de tomates différents à la vente. Des plus communes (Montfavet, Fournaise) aux plus rares : Black Cherry, Téton de Vénus etc.
Et pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Les tomates ne furent que le point de départ. Les amateurs jugeront. Aux « Jardins du Perche », sont cultivées outre les 40 variétés de tomates, 80 de poivrons et piments, 25 d'Aubergines et également 25 variétés ...d'oignons ! Sans négliger bien sûr les nombreuses courges, Lagénarias, Cucumis etc. Et pour faire bonne mesure, quelques racines peu fréquentes comme le Panais bien sûr, mais aussi le Persil tubéreux. J'oubliais : une dizaine de haricots à grains. Tous différents bien sûr. Une passion vous dis-je !
Interrogé à ce sujet, Robert n'avoue qu'un seul petit regret : Ne pas avoir le temps de se pencher -sic- plus avant sur le monde immense des choux. Gageons qu'avec la retraite....  

Sur le choix des variétés, les opinions du père et la fille sont convergents. Ainsi, si vous ne pouvez planter que 10 pieds, dans les variétés « anciennes », voici leur palmarès : Ananas, Andine cornue, Cœur de Bœuf, Délice du Jardinier, Evergreen, Green Zébra, Kaki, Noire de Crimée, Rose de Berne et Russe Rouge.
Leurs conseils de culture : Planter profond dans une terre enrichie de compost. Dans l'idéal coucher le plant. N'irriguer que modérément. Dans un jardin potager, la taille n'est pas indispensable. En situation de chaleur et humidité, traiter préventivement au « Cuivrol » pour se prémunir du Mildiou. Et régalez-vous...  

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Victoire ! 
Après avoir emporté la bataille de Marengo dans le Piémont en 1800, le premier consul d'alors, un certain Napoléon Bonaparte, aurait été a à son tour conquis par les tomates. Son cuisinier, faisant appel à toute son imagination faute d'un approvisionnement classique, eut l'idée de mêler quelques tomates, de l'huile et du pain pour accompagner un poulet. Connue maintenant sous le nom de préparation « Marengo », en souvenir de ce plat de victoire...   

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Bien choisir ses plants. 
Pour être résistant, le plant doit être conduit dans des conditions proches de la réalité ce que va vivre la plante au jardin : contrastes de températures jour/nuit, humidité relative, vents parfois frais etc. Pour reconnaître un plant qui n'a pas été cultivé comme une plante d'appartement, deux indices sont sûrs. D'abord la couleur. Elle doit être bien verte et franche. Cela dépend des variétés, mais en général, la tige dans des conditions normales est verte foncée, voire pruineuse. Deuxième élément, la tomate contient une hormone de croissance, l'auxine, inhibée à la lumière. Une plante qui a été conduite pour l'essentiel à l'extérieure, ou sous la seule protection d'un tunnel plastique est donc plus petite et trapue qu'une ayant été forcée à la lumière tamisée d'immenses serres, voir, cultivée sous éclairage artificiel. Soyez attentifs à la distance qui sépare les feuilles : si elle est importante, le plant est forcé, et donc plus fragile.   

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Un légume fruit. 
Bien sûr ! Comme le concombre, la courgette et ... le haricot vert ! Même s'il ne sont pas forcément considérés comme tels, pour retrouver les légumes qui en réalité devraient être considérés comme des fruits, rien de plus simple : Un fruit est un organe contenant les graines, et provenant généralement de l'ovaire de la fleur.   

Pourquoi pas... 
Finalement, il vous reste un peu de place, et tous vos plants sont installés. Patientez deux petites semaines. Quand vos tomates émettront leurs premiers gourmands, détachez en délicatement le nombre nécessaire, puis bouturez les. Soit directement sur place en les enfonçant d'une dizaine de cm et en bornant (tasser la terre) bien autour. Soit pour le plaisir des yeux, en laissant tremper une dizaine de cm de tige dans une carafe d'eau. La rapidité avec laquelle les tomates peuvent émettre de nouvelles racines est tout à fait impressionnante.   


Pour le deuxième volet, dans un prochain article, la taille et les soins, tuteurages possibles, quelques recettes de purin, le coup du fil de cuivre etc.   


Texte publié avec l'aimable autorisation des Cahiers du Potager Bio.   
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