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Tomates : Gros plan sur la taille

Xavier Mathias et Les Cahiers du Potager Bio nous raconte 

Tomates : Gros plan sur la taille.  

Dans le numéro précédent des cahiers du potager, je vous proposais un premier aperçu du riche univers des tomates, en essayant de faire ressortir l'infinie diversité des variétés. J'espère avoir réussi à éveiller votre curiosité pour certains, confirmé vos choix pour nombre d'entre vous, que je sais de plus en plus sensibilisés à la redécouverte des trésors laissés par nos prédécesseurs jardiniers.
Ainsi, s'il paraît maintenant évident que dans leurs formes, tailles et couleurs les tomates sont multiples, bien souvent le jardinier qui les cultive amoureusement, paradoxalement lui, n'applique qu'une seule méthode de culture : la taille par égourmandage. C'est sur cette pratique que je voudrais m'attarder aujourd'hui, en ayant soin de la resituer dans un contexte qui a évolué.  

Pourquoi tailler ? 
Voici ce qu'en disaient nos « anciens » : « Les variétés les plus tardives gagnent à être plantées au pied d'un mur ou d'un abri à bonne exposition. C'est surtout pour ces tomates qu'il est utile de limiter la production à un nombre restreint de fruits, en supprimant tous les bouquets qui se développent tardivement. Il est bon quelquefois aussi de supprimer une partie des pousses ; mais il faut le faire avec discernement et sans trop diminuer le nombre des feuilles que porte la plante. » 
Vilmorin et Andrieux : Les plantes potagères 1883. 
Un peu plus récemment, on pouvait lire dans la quatorzième édition du Guide Clause en 1957 :« La taille s'impose pour favoriser le développement des fruits en limitant leur nombre et pour hâter leur maturité. Elle sera donc d'autant plus sévère qu'on désirera obtenir une récolte précoce. » 
Tout à fait récemment cette fois, dans son Manuel de production de semences dans le jardin familial - Répertoire de variétés voici, ce qu'avec son habituelle force de conviction, écrit Dominique Guillet en 2001: « La taille des tomates nous rend tristes, très tristes. A-t-on l'exemple d'une autre plante potagère que l'on massacre avec autant d'aplomb dans les jardins ? Et si encore, on soignait la plante avec du lait d'argile. Mais non, le jardinier est là, béat d'admiration, devant l'efficacité de son sécateur à l'assaut des « gourmands ». »  

Que faire ? 
Voilà. Trois extraits, et d'un auteur à l'autre (tous expérimentés et ayant les arguments pour justifier leur théorie), des points de vue pouvant différer sur la manière d'envisager la fameuse taille des tomates.
Quoiqu'il en soit, à cette question « Que faire ? », la réponse est des plus simples : Ce que vous voulez ! Mais, indispensable petit complément : en sachant pourquoi. Ainsi, la taille des tomates par égourmandage n'est pas nécessaire*. Elle est destinée à augmenter le calibre des fruits et leur précocité. Ce qui n'est pas un mince avantage ! Par contre, cette méthode comporte deux inconvénients majeurs : elle demande du temps et du discernement. Certaines variétés sont particulièrement difficiles à tailler : la « tête » n'est pas toujours facile à distinguer d'un rameau secondaire. Je pense particulièrement à des variétés comme Noire de Crimée, ou Banana Legs. De plus, supprimer les gourmands occasionne des plaies. Il est indispensable de songer à aider à la cicatrisation par un poudrage de maërl, ou un léger badigeon d'argile verte par exemple. Malgré tout, après la taille, le pied a subi un stress, il dispose de moins de surface foliaire pour lui assurer une alimentation et une respiration normale.
Une autre vision consiste donc à ne pas tailler du tout et laisser à la plante son entier développement. Elle aura donc besoin de beaucoup plus de place. Comptez un écartement au moins d'un mètre entre, et sur le rang. Les fruits arriveront à maturité plus tardivement et seront de moindre calibre. C'est le premier « inconvénient » de cette technique. Le deuxième, tout aussi relatif, est la difficulté du tuteurage. Les tomates conduites ainsi librement peuvent se montrer très exubérantes, et un simple piquet planté au pied ne suffira pas.
Etrangement souvent oubliée, alors qu'elle était la méthode la plus courante chez les professionnels comme chez les amateurs : la conduite sur deux brins. Après avoir « pincé » le pied à 20cm du sol, on ne garde que les deux brins qui se forment latéralement. Ensuite, tous les gourmands sont supprimés. Cette intéressante solution est probablement celle qui demande le plus de discernement, mais l'habitude se prend vite. Etant le parfait compromis des deux visions précédentes, elle allie avantages et inconvénients de chacune.   

Les tuteurages. 
Bien que pas indispensable, il est pourtant recommandé de tuteurer les tomates. La récolte s'en trouve largement facilitée. Le feuillage et les fruits beaucoup moins humides que s'ils traînaient sur le sol n'en seront que plus sains. Un tuteur d'une hauteur de 1m20, enfoncé tôt après la plantation pour ne pas endommager les racines suffit pour la conduite désormais classique de la culture sur un seul brin. Quelques liens de raphia pour les maintenir après chaque égourmandage, et le tour est joué. 
Pour la culture sur deux brins, mais également valable pour la précédente, et la « non-taille », le palissage horizontal (sur fil de fer, grillage à moutons, bambous etc.) se révèle une solution pratique et esthétique, ce qui ne gâche rien. Sur des piquets plantés à 3 ou 4 mètres maximum de distance, faire un premier rang à 50cm de hauteur, le second à 80. En général il n'est pas nécessaire d'aller plus haut, la plante devant à ce stade de sa croissance avoir suffisamment de vigueur pour tenir par elle-même. Attention toutefois à bien lier les brins sur les rangs, sans toutefois contraindre les pousses, pour éviter qu'elles ne glissent et s'affalent latéralement sur leur support.  

Attention tomate féroce ! 
Une tomate peu ou pas taillée a un développement beaucoup plus important que ce que nous connaissons habituellement. Certaines variétés laissées « libres » donnent toute leur mesure et s'avèrent souvent impressionnantes. Je pense particulièrement à la délicieuse « andine cornue ». Comme nous l'avons vu précédemment, elles doivent donc être plantées avec un espacement important. Se pose alors la difficulté du tuteurage.
Demandant un petit investissement financier, un peu de place pour les stocker l'hiver, la solution idéale est la... cage ! Cylindrique, de 45 à 75cm de diamètre pour 0.90 à 1m50 de hauteur, elle sera réalisée en fil de fer renforcé (du treillage à béton par exemple), avec un maillage de 15cm environ, de manière à faciliter la cueillette. Paradoxe amusant, c'est à l'intérieur de leur « cage » que vos tomates pousseront le plus librement !   


Pourquoi pas ... 
Diversité dans les variétés, notre inaltérable credo aux « cahiers », mais également diversité dans nos pratiques. Ainsi, pourquoi pas délibérément choisir de tailler que quelques pieds de tomates précoces pour le plaisir d'une récolte le plus tôt possible, en ayant conscience des conséquences pour la plante : stress, plaies sources de maladie, et, en général une cycle de vie raccourci. Quant aux tomates de pleine saison, je vous propose d'essayer la non-taille, au moins pour quelques pieds cette saison. Bien que les années ne se ressemblent pas, que l'on n'est jamais à l'abri d'une déception, peut-être serez-vous comme moi convaincus, et profiterez dans vos jardins de la beauté buissonnante de votre culture. Libérés l'un et l'autre des contraintes de la taille, qui encore une fois peut pourtant présenter des avantages, mais n'est pas forcément indispensables dans le cadre d'un potager familial.
J'oubliais. Pour les plus téméraires, tentez sur quelques pieds, en plus de la non-taille, de ne pas les arroser pendant toute la saison, excepté lors de la plantation. Même en cas de forte chaleur, contentez-vous d'un épais paillage. Je pense que comme moi vous serez surpris. J'attends avec impatience vos réactions, photos ou commentaires...**  

* Cette technique est à l'origine pratiquée par des maraîchers professionnels, soucieux d'avoir disponibles à la vente des tomates les plus précoces possibles, sachant qu'ils en cultivent au moins deux séries décalées pour une même saison.
** Ecrire au journal qui transmettra...   



Bibliographie :
Les plantes potagères 1883. Vilmorin et Andrieux.
Manuel de production de semences dans le jardin familial - Répertoire des variétés - D. Guillet 2001.
Guide Clause 1957.    



Texte publié avec l'aimable autorisation des Cahiers du Potager Bio.  
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