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Commencer son potager

Xavier Mathias et Les Cahiers du Potager Bio nous raconte  


Concevoir son potager bio.  

Concevoir un potager soit, mais pourquoi préciser bio ? A priori, un potager reste un potager, qu'il soit conduit avec des méthodes naturelles ou chimiques. Or, les méthodes de culture biologiques, au delà du simple cadre du cahier des charges qui les régissent exigent, pour des résultats satisfaisants plus qu'un simple Je n'emploie pas de produits chimiques. J'en profite pour rappeler d'ailleurs ce principe cher à Sébastien : Cultiver bio ne consiste pas à ôter de son étagère de jardin les produits contenant des molécules chimiques pour les remplacer par d'autres dits « naturels », estampillés Autorisé en Agriculture biologique. Cette dérive vers un consumérisme bio est d'ailleurs intéressante à regarder d'un peu plus près. J'imagine qu'ils seraient surpris les Henri Lemaire et autres pionniers de l'agriculture biologique s'ils voyaient ces rayons de produits bio dans les supermarchés spécialisés du jardin. Ces milliers de flacons plastique de toutes formes, aux couleurs criardes (ça s'appelle du marketing il paraît) avec finalement exactement la même façon d'appréhender le potager qu'en agriculture conventionnelle : pour chaque difficulté rencontrée il existe une solution en poudre, en pulvérisation, à épandre etc. L'objectif de ce dossier est justement de montrer que ce n'est pas ça cultiver bio. Il ne s'agit pas de faire d'angélisme, ou faire croire que tout se passera « pour le mieux dans le meilleur des mondes » sans ravageurs ni maladies par la simple magie d'un équilibre naturel retrouvé, mais d'essayer de revenir à un simple et juste bon sens dans nos potagers. Celui qui consiste d'abord à prendre conscience que nous ne sommes pas là pour contribuer à augmenter encore la pollution chimique qui nous entoure, d'autres le font très bien et avec la bénédiction des pouvoirs publics successifs, mais pour se faire plaisir, retrouver des gestes simples sans mettre quiconque en danger.   


Choisir un emplacement. Quelle surface ?  
Non que je tienne tous les lecteurs des cahiers pour de riches propriétaires terriens disposant de grandes surfaces à valoriser, perdus quand il s'agit de choisir sur un vaste terrain. Cependant pour certains la question se pose, et le choix de l'emplacement est déterminant pour la réussite du potager.
Dans la mesure du possible, il doit être le plus proche de la maison pour des raisons pratiques évidentes, mais également pour avoir facilement le simple plaisir de s'y promener parfois. Y faire un petit tour le soir par exemple, sans tâche précise à accomplir, permet aussi de le regarder différemment, de voir les améliorations à apporter qui dans ces moments sautent aux yeux.
Il n'y a quasiment pas de légumes, et très peu de plantes aromatiques qui poussent à l'ombre. Au mieux, quelques un apprécient la mi ombre, mais rarement au-delà. L'emplacement retenu doit donc être bien exposé, ni à l'ombre d'un bâtiment voisin ou d'arbres importants. A proscrire absolument, le potager installé sous ou à proximité d'un verger d'arbres hautes tiges. Entre l'ombre des arbres, et l'immanquable concurrence « alimentaire », les malheureux légumes n'auront pas la moindre chance de s'en sortir.
Pour les chanceux qui bénéficient déjà d'un jardin clos de haies ou de murs, ces « barrières » naturelles ont un effet positif exceptionnel pour le potager. Barrière à vent, tampon thermique, emmagasineurs de chaleur, leurs bienfaits sont multiples.
Attention à ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre au moment de déterminer la surface vouée au potager. Non qu'il soit un travail colossal, mais à l'image de la pratique d'un instrument de musique, il requiert énormément de régularité. Ainsi, il faut prévoir en fonction d'un mode de vie qui évolue. Entre les week-ends et les vacances, il est fréquent de partir de plus en plus même si le coût du carburant inversera peut être cette tendance et, au retour, trouver un potager plein d'herbe avec des récoltes perdues faute d'avoir été cueillies à temps, est souvent décourageant. Traditionnellement, on estime que pour une famille de 4 personnes qui veut produire tous ses légumes, pommes de terre de conservation et asperges comprises, il faut compter 500m², tandis que 200m² suffisent à une bonne production de primeurs, de légumes d'été et quelques racines à stocker. Cependant, pour l'avoir observé, un jardinier au bout de quelques saisons d'expérience peut, sur une surface de 100m² bien conduite avoir des récoltes tout à fait impressionnantes.    


Un environnement vivant  
Intégralement labourés dès l'automne, nus comme au 1er jour hormis quelques choux et poireaux, l'autre moitié de l'année remplis de légumes et impeccablement désherbés (chimiquement s'il le faut) jusqu'au long de la clôture, nombre des potagers vivriers de nos grands-parents n'incitaient pas à la rêverie ! S'ils étaient des lieux peu attrayants pour l'homme, ils l'étaient également pour les auxiliaires (hérissons, coccinelles, syrphes etc.) qui n'y trouvaient aucun refuge pour installer leur gîte, tandis que les ravageurs (pucerons, piérides etc.) se délectaient d'un pareil endroit composé uniquement des végétaux auxquels ils sont inféodés. C'est pourquoi il est indispensable de tenter d'amener un peu d'équilibre. Il ne faut surtout pas oublier que cultiver c'est bouleverser un équilibre qui existait cahin-caha avant le passage de la bêche ou du motoculteur. Des haies, une mare, voir un simple bassin enterré sont quasi indispensables à proximité du potager. Pour l'avoir expérimenté, je peux assurer qu'il est tout à fait impressionnant de voir à quelle vitesse une petite mare « prend vie ». Quelques mois après avoir été creusée, grenouilles, libellules etc. s'en donnent déjà à cœur joie. Il est évident que l'on ne peut pas creuser de mare dans nombre de jardins aux dimensions modestes. Les petits bassins moulés prêts à installer, aux formes multiples et de toutes tailles permettent d'avoir à peu de frais un petit point d'eau, où oiseaux et autres habitants du jardin viendront s'abreuver ou s'ébattre.
Attention quand on parle de haie à bien parler de la même chose. Comme pour nos malheureux légumes, les haies ont été victimes d'une invraisemblable uniformisation. Ainsi, elles ne sont pas ces murs absurdes de béton végétal le plus souvent à base de Cyprès de Leyland, mais un ensemble d'essences différentes adaptées au climat et au sol local. Pour faire son choix, le plus simple étant de regarder autour de chez soi les arbres paraissant bien adaptés, ayant une belle croissance, et ne semblant pas affectés par un ravageur spécifique (cf. marronnier). Pour les plus pressés, il existe des solutions intermédiaires également intéressantes pour composer cette fois non de véritables haies, mais plutôt des rideaux : bambous, Cannes de Provence, Miscanthus, topinambours etc. Les jardiniers « pâtissant » d'une terre froide, lourde et se gorgeant facilement d'eau auront la chance - cette fois - de pouvoir « s'amuser » avec les boutures de saules et d'osiers : alignés, croisés, en têtards etc.   


Indispensables ou presque... 
Un potager demandant, malgré tout le plaisir qu'il procure, un peu de travail, il est bon au moment de sa conception de penser à quelques installations pratiques.
Malgré toutes les économies que l'on peut faire en respectant les meilleures périodes de la journée, en paillant etc. un point d'eau est indispensable. Ce peut être uniquement à base de récupération (attention, on consomme toujours des quantités bien plus importantes que ce qu'on imagine) ou plus classiquement l'eau du réseau, un puits etc., mais il est quasiment impossible de s'en passer. Sachant qu'1 litre d'eau pèse autour d'1 kg, un arrosoir contenant 10 à 12 l. on comprend aisément qu'un point d'eau central est le bienvenu...
Très pratique sans pour autant être indispensable, donnant souvent lieu à de véritables créations architecturales plus ou moins discutables, une petite cabane pour ranger ses outils, se mettre à l'abri quand il pleut offre un confort bien agréable. Rien ne devant se perdre au potager, même de dimension modeste, son toit offre une surface de captage d'eau à récupérer, tandis que ses murs de planches ou maçonnés permettront de palisser de nombreux végétaux, fruitiers ou ornementaux.
Dernier et indispensable point abordé pour cette partie : le tas de compost. Pas de jardinier sans jardin, pas de jardin sans jardinier comme se plaît à le rappeler Sébastien, ce à quoi j'ajouterais : pas de jardin sans compost. Ce dernier, à mon avis, résume à lui seul l'esprit du potager : un endroit où on limite au maximum les intrants, on recycle le plus possible ses déchets, où en partant d'une matière dévalorisée (épluchures, végétaux abîmés etc.) le plus modeste jardinier se fait alchimiste et avec plus ou moins de bonheur réalise son « or noir du jardin ». Peu esthétique, sans pour autant être nauséabond ce qui révèlerait un défaut, il est bon de choisir un emplacement pas trop en vue, et de prévoir de planter à proximité quelques végétaux destinés à le dissimuler aux regards : noisetiers, framboisiers etc. La tentation est grande de le cantonner dans un fond de jardin, attention alors à ne pas trop l'éloigner de la maison, ni le coller contre le terrain des voisins qui n'apprécieront pas forcément ce nouvel élément dans leur décor.
Taille de haies, mauvaises herbes, pour les plus indélicats emballages plastiques et autres merveilles, il est fréquent de brûler ses déchets au potager et de créer à cet effet un point de feu, en général sécurisé avec des tôles. Je rappelle que malgré tout ce que l'on peut entendre d'arrêtés préfectoraux et autres imprécisions, il est rigoureusement interdit de brûler chez soi. Il existe maintenant des déchetteries destinées à récupérer ce qui autrefois était brûlé. Les seules dérogations exceptionnelles pour brûler concernent les agriculteurs et se font après une demande et des démarches administratives bien précises auprès des DDAF.   


L'organisation et le découpage du potager 
En étoile, en cercles concentriques, tout est possible au potager. Cependant, je n'aborderais ici que la forme classique du découpage en rectangle desservi par une allée centrale avec des passe pieds perpendiculaires.
Bien sûr, le potager est un lieu de plaisir, mais il est également un endroit où l'on travaille, et qui demande donc, sans pour autant donner dans le productivisme, à être rationalisé. Amendements, récolte etc. nombre d'opérations se font avec une brouette. C'est pourquoi l'allée principale, et si possible celles de bordures extérieures quand la surface le permet doivent mesurer 80 cm. de large au minimum pour un passage aisé. De cette allée centrale, ou de desserte, partiront les passe pieds divisant la parcelle en « planches » de 1m10 à 1m30 au maximum, pour permettre de les travailler sans surtout les piétiner. Ces passe pieds n'ont pas besoin d'être très larges (prévoir malgré tout un peu plus quand on a de jeunes enfants que l'on souhaite faire participer) : 30 cm suffisent. Si les passe pieds seront travaillés tous les ans comme la parcelle, l'allée de desserte peut elle être définitive et enherbée, couverte de paillis, copeaux etc. C'est de cette allée qu'en général se fait la distribution de l'eau, il est donc pratique de la marquer régulièrement en plantant des petits piquets en terre (en particulier les angles) pour faciliter le passage du ou des tuyaux d'arrosage.   


Comme une maison, il faudrait concevoir au moins 2 potagers pour limiter le nombre d'erreurs ! L'avantage cependant de ce dernier sur une maison est qu'il est plus facile à faire évoluer et transformer sans pour autant tout chambouler brutalement. Il faut du temps pour petit à petit créer un lieu où l'on se sente bien, où on ait envie de faire partager les découvertes et les nombreux émerveillements qui ne manqueront pas d'arriver.    



Texte publié avec l'aimable autorisation des Cahiers du Potager Bio.   
T_FEDESAMARTH