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Les paillages

Xavier Mathias et Les Cahiers du Potager Bio nous raconte 

Les paillages (ou mulchs) 

Petite définition  


A la différence d'un amendement, un paillage est un apport de matière en surface, pouvant avoir ou non un effet nourrissant ou améliorant du sol. Ces matériaux n'ont pas vocation à être enfouis et peuvent même être ôtés en cours de culture.
Il en existe de 3 types essentiellement:
-Organiques : paille de céréale, cosses, paillettes, cartons etc.
-Minéraux : ardoises, briques, verre pilé etc.
-Synthétiques : ce sont toutes les toiles tissées, films de plastique noirs etc.  

Leur rôle  

Rien d'étonnant à que cette méthode qui a mis tellement de temps à s'implanter dans nos jardins remporte dorénavant un tel succès, tant se nombreux bienfaits sont multiples :
-Commençons par battre en brèche une idée trop souvent répandue : Non, les paillages n'empêcheront pas le développement des mauvaises herbes. Pailler ne signifie pas arrêter de désherber. Par contre, incontestablement ils joueront un grand rôle pour limiter les développement des adventices, particulièrement en inhibant la germination de nombre d'annuelles. Les vivaces (chardon ,liseron, chiendent etc.) elles résisteront, mais seront nettement plus faciles à extirper.
-Limiter l'arrosage : Couvrant, les paillages empêchent les rayons du soleil de frapper en direct sur le sol et freinent plus que considérablement l'évaporation de l'eau. Ajoutons qu'à cet incontestable effet sur le rayonnement solaire, s'ajoute celui non négligeable sur le dessèchement éolien. Les paillages protègent très efficacement les plantes des vents estivaux souvent extrêmement asséchants.
-Particulièrement vrai pour les structures de sol fragiles (limoneux ou sableux) ces couvertures naturelles renforcent leur cohésion et limite leur déstructuration. Cette propriété se vérifie particulièrement lors des fortes pluies ou orages, ils sont imparables pour empêcher la formation de croûte de battance en sols limoneux, ou de fissures en sols argileux.
-En plus de ces protections, comme tout isolant, les paillages jouent un rôle de régulateur thermique, temporisant le réchauffement et le refroidissement du sol.
-De nombreux matériaux au lieu d'absorber les rayons solaires sont capables par réflexion de les diriger vers les plantes, favorisant le réchauffement pour celles exigeantes en chaleur.
-Particulièrement vrai pour les cucrbitacées, les paillages protègent les fruits des risque de pourriture qui peuvent se produire au contact du sol.  

Quelques défauts cependant  

A l'impossible nul n'est tenu... Efficaces pour retenir l'humidité, ils seront un milieu privilégié pour les gastéropodes de tous ordres qui outre cette fraîcheur bienvenue trouveront matière à se dissimuler aux yeux de leurs prédateurs. Particulièrement fréquent avec la paille de céréales pas toujours parfaitement battue et contenant encore un peu de grains, les rongeurs trouveront eux aussi gîte, couvert et protection.  

Quand et que pailler ?  

Tous les végétaux sans exception apprécieront les paillages, en faisant néanmoins attention au choix des matériaux. Certains comme les écorces de pin peuvent être acidifiantes, et à terme ne pas plaire à tout le monde. On distinguera pour les périodes de paillage les cultures pérennes et les cultures annuelles. Pour les 1ères celui-ci peut se faire sitôt la plantation achevée, tandis que pour les secondes il est indispensable d'attendre que le sol soit bien réchauffé pour ne pas obtenir l'effet inverse à celui escompté, et « enfermer » le froid dessous. En général, hormis dans le sud de la France, c'est au mois de juin qu l'on commence à pailler. Surtout, on ne paille que les sols « propres ». Encore une fois, les paillages n'empêchent pas totalement le développement des adventices, mais une fois étalés sur le sol peuvent s'avérer extrêmement gênants pour intervenir.  

Quels paillages utiliser ? 

Si les matériaux de paillages sont multiples, ils ne peuvent avoir que 3 origines : Végétale, minérale ou synthétique. Le potager n'étant pas un endroit approprié pour recycler sous quelque forme que ce soit les déchets de l'industrie pétrochimique, je n'aborderais pas cette dernière catégorie, sans pour autant lui reconnaître quelques qualités et une vraie efficacité. Restent les paillages minéraux et ceux d'origines végétales, la plus vaste gamme. Cette dernière se divise en 2 catégories à son tour : Les films ou les feutres, et les matériaux en vrac.  

Les feutres, un paillage « épais » pour une durée de vie d'environ 3 ans. 
Seuls les feutre végétaux aiguilletés peuvent être entièrement naturels. Toutes les autres techniques d'assemblage des fibres par collage chimique, thermique ou hydrauliques nécessitent soit des produits chimiques, soit des fibres synthétiques. Même si en fonction des procédés de fabrication leur quantité varie, ils ne sont donc pas forcément intégralement dégradés au bout de 3 ans, durée de vie moyenne pour ce type de couverture. Fabriqués à base de diverses fibres végétales, coton, lin, chanvre, kénaf, coco, cisal etc. ils contiennent trop souvent une forte quantité de fibres chimiques, ajoutées pour prolonger leur durée de vie.   

Les films, un paillage fin, pour une durée de vie de quelques mois.  
Si la technique du paillage plastique mince, en feuilles souvent pré-perforées, est commune chez nombre de maraîchers, l'utilisation de ces plastiques qu'il faut arracher ensuite pose problème. De plus en plus apparaissent des films relativement semblables à ceux-ci, mais en général fabriqués à partir de maïs. Ces paillages souvent thermocollés sont 100% biodégradables. Attention, cela ne veut pas dire qu'au cours de leur dégradation il n'y a pas d'éléments chimiques qui seront eux aussi dégradés ou bio-fragmentés dans le sol. Cela signifie juste que ces matériaux répondent aux normes d'éco et phytotoxicité. Ils sont donc autorisés à être enfouis après culture. 100% biodégradable ne veut pas dire 100% naturel. Ces films sont donc bien tentants, mais leur emploi à long, voir à moyen terme reste à étudier.   

Les matériaux en vrac 
Il y en a pléthore, chacun ayant des caractéristiques bien précises. Même si le choix est vaste, il me semble plus intéressant avant tout de privilégier les ressources locales. C'est à dire celles issues de vos jardins (tailles de haies broyées, déchets de tonte, feuilles mortes, compost même en cours de décomposition etc.) ou de celles de fournisseurs proches : scieries, paille de céréales etc. Outre un aspect plus rationnel lié à la limitation du transport, les dérives industrielles inhérentes aux procédés de fabrication de masse d'un produit en vogue sont souvent fréquentes. Ces matériaux sont des déchets. Il est plus raisonnable de savoir par qui et comment ils ont été produits.  

Les paillis en vrac à durée de vie longue (3 ans et plus) 
Leur durée de vie est une indication qui peut varier en fonction des climats, des épaisseurs étalées et de leurs calibres. Ils sont pour la plupart issus de végétaux ligneux. Comme les feutres, on les utilise pour les cultures pérennes, aromatiques ou petits fruits par exemple. Ils demanderaient sinon à être ratissés puis évacués dans celles à cycles courts pour démarrer une nouvelle culture. Ces paillis comprennent en majorité les écorces de pins (attention au risque d'acidification progressive des sol), les copeaux de feuillus et les tailles de feuillus« en vert » broyées ( les meilleures pour leur rapport carbone/azote) .  

Les paillis en vrac à durée de vie courte (1 à 2 ans) 
Il n'est pas question ici de les aborder tous, mais juste vous présenter les plus courants : 
Le compost C'est presque dommage de l'employer juste pour pailler, mais il est précieux pour sa couleur noire qui capte la chaleur, et bien sûr par sa faculté à enrichir et améliorer la structure du sol.  
Les coques de fèves de cacao D'un beau rouge soutenu, elles ont un indéniable côté esthétique. Souvent employées parce que riches en potasse et en azote, elles restent relativement onéreuses. Il arrive souvent, plus particulièrement dans les régions à forte hydrométrie, qu'elles dégagent une odeur désagréable. 
Les cosses de sarrasin Très fines et fluides, c'est un paillage des plus efficace pour limiter l'herbe, avec en plus un très fort pouvoir de rétention hydrique. Arrosées 1 fois après avoir été étalées, elle tiennent bien au sol et prennent une magnifique teinte qui passe du gris au pourpre. Ce paillage semble en plus ne pas plaire aux limaces que ce tapis légèrement rugueux rebute. Faciles à enfouir, c'est un bon amendement qui se dégrade facilement. 
Les déchets de tonte Non ils ne sentent pas mauvais, n'échauffent pas en laissant couler un jus vert douteux. Tout est question de proportions. Etalés en couches minces successives, ils prennent même une jolie couleur jaune paille. S'ils ne sont pas les plus efficaces, ils ont au moins le mérite d'éviter les longs et inutiles trajets à la déchetterie. 
Les feuilles mortes Elles peuvent aussi s'étaler à la pelle ! N'hésitez pas à utiliser ce formidable réservoir de nutriments pour votre sol en les étalant à l'automne directement dans votre potager, ou en les stockant pour le printemps. Gardez-en malgré tout un petit peu pour votre compost, il adore ça lui aussi. 
Les paillettes (lin et chanvre essentiellement) Très faciles à mélanger au sol en fin de saison, elles ont en plus un très fort pouvoir de protection thermique. Une qualité particulièrement intéressante pour les légumes-racine en fin de saison. Leur seul défaut reste un coût souvent élevé. 
La paille de céréales A l'origine du mot paillage, il y a bien sûr le mot paille, matériau « historique » pour la couverture des sols. Composée essentiellement de cellulose, la paille de céréales ne joue pas un grand rôle comme amendement. Au contraire, l'azote étant le carburant essentiel pour sa décomposition, elle aurait même tendance à en consommer, et provoquer des faims d'azote les 1ers mois de culture qui suivent sa décomposition. Soyez sans crainte malgré tout, un potager bien nourri est en général largement suffisamment pourvu en azote, et finalement assez souvent excédentaire. La paille peut donc jouer un rôle rééquilibrant. Sans oublier bien sûr qu'un tel festin ne passera pas inaperçu aux « yeux » des lombrics et autres éléments de la faune décompositrice du sol. Elle afflue alors, et s'installe durablement. 
Toutes les autres Tout est permis pour pailler, à condition bien sûr d'éviter les plantes sauvages à graines, une réserve d'adventices possible avec laquelle il ne vaut mieux pas prendre trop de risques. Orties, consoude, bardane, rhubarbe permettent de pailler à peu de frais. Personnellement j'aime beaucoup les fougères qui prennent une superbe teinte marron clair en séchant. Esthétiques dans un jardin, elles évoquent les riches et fertiles sols forestiers.  

Les paillages minéraux 
Je ne vais pas rentrer dans le détail des différents types de roche. Le plus simple, comme d'habitude, reste d'utiliser les ressources locales. Ardoises pilées, tuiles et briques concassées, etc. ces matériaux ont un fort pouvoir accumulateur de chaleur mais seront gênants pour toute intervention sur le sol.  

Attention au foin La paille est la tige d'une céréale moissonnée, le foin de l'herbe coupée puis séchée. Souvent fauché dans des prairies naturelles, avoine à chapelet, pâturin, grande oseille sauvage etc. les adventices à graines peuvent abonder dans le foin, et certaines trouver à leur goût votre potager.  

"Biodégradables » Les paillages achetés dans le commmerce ont toujours une durée de vie moyenne annoncée. Malgré tout, leur résistance dans le temps peut être variable en fonction du climat, particulièrement en années chaudes et humides. Les processus de fragmentation sont alors plus rapides.  

Avantage ou inconvénient Après avoir longuement protégé la terre des dégradations et des lessivages, les feutres de paillage une fois décomposés après quelques années offrent un sol fertile. A qui ? Aux plantes cultivées ou aux adventices ?   



Texte publié avec l'aimable autorisation des Cahiers du Potager Bio.  
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