Phacélie en fleur devant le bâtiment de la Ferme de Sainte Marthe au coucher du soleil

Pourquoi on ne parle plus d'engrais verts mais d'améliorants du sol ?

Pendant longtemps, dans les livres de jardinage et les conseils transmis de génération en génération, on parlait volontiers d'engrais verts. Le terme reste très présent chez les jardiniers : on sème de la moutarde, du trèfle, de la phacélie ou du seigle pour « nourrir » la terre. Depuis quelques années pourtant, une autre expression s'impose : améliorants du sol, ou plantes améliorantes. Ce changement de vocabulaire vient du cadre réglementaire qui encadre l'usage du mot « engrais ».

Qu'entend-on par « engrais vert » ?

L'expression « engrais vert » désigne des plantes semées non pas pour être récoltées, mais pour être enfouies ou laissées sur place afin d'apporter divers bénéfices au sol. L'idée d'origine était simple : ces plantes « engraissaient » la terre en lui rendant de la matière organique, et en fixant parfois l'azote de l'air pour les légumineuses comme le trèfle ou la vesce.

On les sème pour plusieurs raisons :

  • protéger le sol de l'érosion et du lessivage ;
  • apporter de la matière organique en se décomposant ;
  • améliorer la structure du sol grâce aux racines, qui aèrent, drainent et creusent des galeries ;
  • capter les nutriments en excès pour éviter qu'ils soient lessivés ;
  • favoriser la biodiversité, des pollinisateurs à la microfaune du sol.

Pourquoi on ne parle plus d'engrais verts

Le mot « engrais » est strictement encadré par la réglementation. Il désigne une matière fertilisante apportée au sol pour nourrir les plantes : fumier, compost, engrais organique ou minéral. Pour être vendu sous ce nom, un produit doit entrer dans une catégorie définie ou obtenir une autorisation. Les « engrais verts » ne sont donc pas des engrais au sens légal : ce sont des couverts végétaux ou des plantes améliorantes.

Il n'y a d'ailleurs aucun apport extérieur : le bénéfice vient de la croissance d'une plante semée sur place. Elle améliore le sol indirectement, sans le fertiliser au sens chimique du terme.

Les institutions, les semenciers et les formateurs ont donc dû changer de vocabulaire. Nous le regrettons : « engrais vert » était un terme parlant, compris de tous les jardiniers, et il mettait déjà l'accent sur le rôle des plantes dans la santé du sol à long terme plutôt que sur une fertilisation immédiate. On pourrait croire que l'industrie des engrais chimiques aurait fait du lobbying par crainte de perdre quelques parts de marché...

Que signifie « améliorant du sol » ?

Le mot « améliorant » insiste sur une action bénéfique pour l'écosystème du sol, plutôt que sur un apport extérieur. Ces plantes n'apportent pas directement d'éléments nutritifs, mais elles :

  • améliorent la structure du sol : les racines pivotantes de la luzerne, par exemple, ameublissent la terre en profondeur ;
  • améliorent la fertilité en fixant l'azote de l'air, dans le cas des légumineuses ;
  • améliorent la couverture du sol : moins d'évaporation, moins d'érosion, moins d'herbes indésirables ;
  • améliorent la vie du sol en nourrissant lombrics, champignons mycorhiziens et bactéries.

Les grandes familles de plantes améliorantes

Les légumineuses

Trèfle, luzerne, vesce, féverole : elles fixent l'azote de l'air grâce aux nodosités de leurs racines et enrichissent le sol en azote organique.

Les graminées

Seigle, avoine, ray-grass : elles produisent beaucoup de feuillage et de racines, structurent la terre et limitent la battance.

Les plantes à racines puissantes

Moutarde, radis fourrager, sarrasin : leurs racines fissurent et ameublissent le sol tout en captant les nutriments.

Les plantes mellifères

Phacélie, trèfle incarnat : elles attirent les pollinisateurs, favorisent la biodiversité et enrichissent le sol une fois broyées ou enfouies.
Trèfle incarnat en fleur et vesce dans un couvert d
Phacélie en fleur dans un couvert d

Quelques graines d'améliorants du sol de la Ferme

Quelles plantes semer, et à quelle saison ?

Quelques repères saison par saison. La liste n'est pas exhaustive : chaque plante a sa fiche détaillée dans notre rubrique Réussir la culture de…

Au printemps, de mars à mai

  • Phacélie : croissance rapide, très visitée par les pollinisateurs, couvre bien le sol.
  • Moutarde blanche : très rapide, elle piège l'azote.

L'intérêt : occuper le sol avant les cultures d'été et l'empêcher de se tasser.

En été, de juin à août

  • Sarrasin : pousse vite, couvre efficacement et étouffe les herbes indésirables.
  • Trèfle incarnat : mellifère, il enrichit le sol et couvre bien la surface.

L'intérêt : couvrir le sol après une récolte précoce de pommes de terre nouvelles, de pois ou de salades.

À l'automne, de septembre à octobre

  • Seigle : vigoureux, résistant au froid, il améliore la structure du sol.
  • Vesce d'hiver : légumineuse qui fixe l'azote, elle fonctionne bien en mélange avec le seigle.

L'intérêt : protéger le sol pendant l'hiver et préparer une terre fertile pour le printemps.

En hiver, de novembre à février

Peu de semis sont possibles en pleine terre. On profite surtout des couverts semés à l'automne (seigle, vesce, trèfle), qui continuent de protéger et d'améliorer le sol jusqu'au printemps.
Couvert de sarrasin et de phacélie devant les serres de la Ferme de Sainte Marthe
Moutarde blanche en fleur, améliorant du sol à croissance rapide

Comment utiliser les améliorants du sol ?

  1. Semis à la volée sur un sol préparé et décompacté. Recouvrir légèrement et arroser si besoin.
  2. Durée de culture : elle varie selon les espèces, de quelques semaines pour la moutarde à plusieurs mois pour un couvert d'hiver.
  3. Destruction du couvert : faucher avant la montée en graines, puis laisser en surface comme paillage ou incorporer légèrement en griffant.
  4. Succession des cultures : prévoir un améliorant du sol entre deux cultures principales pour ne jamais laisser le sol nu.

Pour le détail des semis et de l'enfouissement, voir notre article Semer des améliorants du sol.

Questions fréquentes

Peut-on encore dire « engrais vert » ?

Au jardin, rien n'empêche de continuer à l'employer : tout le monde comprend de quoi il s'agit. C'est dans la vente de semences et sur les sachets que le terme a été remplacé par « améliorant du sol » ou « plante améliorante ».

Quelle différence entre un améliorant du sol et un amendement ?

Un amendement est un apport extérieur qui modifie les propriétés du sol : chaux, sable, compost. Un améliorant du sol est une plante semée sur place, qui agit par ses racines, sa couverture et la matière organique qu'elle laisse en se décomposant.

Faut-il enfouir les améliorants du sol ?

Pas forcément. On peut faucher le couvert avant la montée en graines et le laisser en surface comme paillage, ou l'incorporer légèrement en griffant. Un enfouissement profond n'est pas nécessaire.

Quel améliorant du sol semer en automne ?

Le seigle et la vesce d'hiver, seuls ou en mélange, ou le trèfle incarnat. Semés en septembre ou octobre, ils couvrent le sol tout l'hiver et se fauchent au printemps, avant les cultures d'été.

En résumé

« Engrais » est un terme réglementé : une plante semée sur place n'en est pas un au sens légal.

On parle désormais d'améliorants du sol ou de plantes améliorantes. Les plantes et leur rôle restent les mêmes.

Légumineuses pour l'azote, graminées pour la structure, moutarde ou sarrasin pour ameublir, phacélie pour les pollinisateurs.

Un couvert par saison, fauché avant la montée en graines, pour ne jamais laisser le sol nu.

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