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De l'Histoire du radis long d'hiver

Cultivées sur pratiquement tout l'ensemble de la planète, les radis d'hiver semés au début du mois d'août sont un des légumes les plus appréciés au cours de la saison froide. Allongées ou en formes de toupies, leurs raves ayant la particularité de se conserver relativement aisément en font un hôte à ne pas négliger au jardin. D'autant que la nature aidée par de visiblement facétieux jardiniers, nous a réservé cette fois encore une bien admirable palette variétale.  

Une culture fort ancienne
Il n'est pas aisé de savoir avec exactitude sous quelle forme exacte étaient cultivées ces racines charnues et croquantes à la saveur souvent piquante. De même qu'il n'est aisé de savoir avec exactitude quels sont les ancêtres de notre actuel radis : Raphanus sativus L. Il semblerait cependant que ce soit à des grands-parents originaires de méditerranée orientale Raphanus maritimus, que nous devons nos actuels radis longs et, paradoxalement tant ils sont pourtant proches, à un ancêtre différent pour les petits radis roses : Raphanus raphanistrum landa.
C'est en Egypte que l'on retrouve les premières traces de sa consommation. A en croire Hérodote, les ouvriers participant à la construction des la pyramide de Kéops étaient payés en légumes. Une traduction hiéroglyphique, maintenant remise en question, aurait indiqué en plus d'un « salaire » comprenant les probables ail et oignons, des radis. Cependant, il semble plus vraisemblable qu'ils étaient en ces temps cultivés pour leur graine oléagineuse.
A n'en pas douter les romains connaissaient et employaient les radis. L'origine du mot même vient du latin radix, et s'appliquait à toutes les racines en général (exceptées les carottes), et à certaines plantes bulbeuses. Cependant, il existe peu de descriptions précises de ces radix. Il est donc malaisé pour les historiens d'être sûrs au fil des textes anciens qui le citent, qu'il s'agisse bien d'illustrations de notre radis long, et non d'autres racines comme le raifort par exemple. Néanmoins, il est certain que sa culture en Europe remonte à l'antiquité. Selon Pline, on offrait à Delphes le radis sur un plat d'or, tandis que le navet devait se contenter du plomb !
Les végétaux voyagent, et il est intéressant d'observer les transformations naturelles ou causées par la main de l'homme qu'elles subissent. Si deux plantes sont à l'origine des radis que nous consommons, leurs pérégrinations les ont parfois fait évoluer bien différemment. Probablement arrivé au Japon au Vème siècle, le radis (luo'bo) y a été développé pour sa longue racine. Et quand on parle de longue racine, c'est sans comparaison avec ce que nous connaissons des classiques radis noirs : les racines de ces radis daikon peuvent atteindre 1m de long pour 15 kg !
Et comme les voyages parfois déforment la jeunesse, notre Raphanus maritima arrivé en Inde et à Java on ne sait exactement comment, est dorénavant connu sous le nom de mougri, et lui, est cultivé pour la taille impressionnante de ses siliques.  

Une réputation sulfureuse
Henri Leclerc, éminent phytothérapeute du début du siècle dernier, dont je recommande la lecture de son ouvrage Les légumes de France tant les descriptions de nos chères plantes potagères peuvent être féroces et drôles, raconte qu'un de ses professeurs s'adressant à un nouvel élève de son service avait coutume de lancer cette boutade « Ta physionomie est comme le radis, elle me revient ! »
Effectivement, on ne peut nier cette évidence ! Même consommé frais, tranquillement mâché comme avalé à toute vitesse : rien n'y fait, le radis revient ! Les coupables de ces petits désagréments que nos anciens, à l'exemple de Dioscoride, appelaient sans fausse pudeur d'impitoyables éructations, sont les sénevols qu'il contient. Ce sont ces principes souffrés et piquants, qui provoquent cet indiscutable, mais à mes yeux bien pardonnable, défaut. D'autant que les radis d'hiver, si ils sont une des rares racines à contenir beaucoup d'eau, sont indiscutablement riches en vitamines B et C.  

De la table à « l'ordonnance »
Si nous avons vu que les grecs l'offrait sur un plat d'or, qu'il figure sur les hiéroglyphes de l'Egypte ancienne, que les romains en faisait grand cas, nos « anciens » du Moyen-Âge, jamais à l'abri d'un paradoxe, le délaissent pourtant en tant qu'aliment. Il faut dire que le radis, outre les problèmes digestifs qu'il peut poser, a le mauvais goût de pousser sous terre ! Ce qui le condamne aussi sûrement que si il avait été hautement toxique. Seule la plèbe peut s'abaisser à fouir la terre comme des animaux pour trouver son alimentation.
Ce sont ses indications thérapeutiques indiscutables qui le sauvent de l'opprobre. Pour citer Henri Leclerc de nouveau « Sous le nom de raffane, de rafle, de raïz, de ravenet, de raifort, c'est un des simples qui figurent le plus souvent dans les pharmacopées du moyen-âge et de la renaissance. » D'Hippocrate lui-même, à Sainte Hildegarde en passant par Dioscoride, les avis sont unanimes : le radis est une panacée. Encore très employé maintenant en phytothérapie moderne, il est particulièrement indiqué pour la coqueluche et toutes les toux rebelles. Bref, avec ce légume il n'y a pas si longtemps encore décrié, la notion « d'alicament » prend tout son sens.  

Véritable panacée : le jus de radis noir
Souverain contre les toux persistantes je vous conseille d'essayer ce remède miracle. Cependant, déontologie obligeant, je me dois de prévenir ceux qui ne connaissent pas encore : le breuvage est dur à avaler. Henri Leclerc, notre cher phytothérapeute, prétend même que l'efficacité du traitement ne tiendrait en réalité qu'au fait qu'un patient normalement constitué préfèrerait guérir plutôt que se voir infliger cette mixture de nouveau ! Pour ce faire, épluchez un gros radis noir puis creusez une petite cavité à l'intérieur dans laquelle vous glissez 1 à 2 cuillères à soupe de sucre. Laissez reposer quelques temps puis râpez l'ensemble. Disposez le tout ensuite dans un torchon que vous presserez fortement, récupérez le « sirop » et...bon courage !  

« Hypoco quoi ? » 
Bien que considéré comme un légume racine, ce n'est pourtant pas exactement la racine du radis que nous consommons. Il s'agit en fait de l'hypocotyle, un renflement de tige situé sous les cotylédons. La racine et ses radicelles partent d'en dessous et prolongent cet hypocotyle.
T_FEDESAMARTH