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De l'Histoire des courges

A croire que les courges ont été inventées spécialement pour les maraîchers. La nature probablement inquiète des rigueurs de l'hiver pour cette difficile, mais ô combien passionnante profession, a probablement pensé qu'il fallait leur venir en aide. Alors, quand au mois d'Octobre les étalages devraient perdre de leur attrait - tomates, poivrons, aubergines et consorts ayant achevé leur office - arrivent les courges pour une véritable explosion de formes et de couleurs, ils connaissent une deuxième jeunesse. Impossible de ne pas les voir tant les belles ne sont pas discrètes. Toutes les nuances dignes de la palette du peintre des plus exigeants sont là, exposées. Pour ceux qui n'ont pas encore eu le plaisir de les cultiver, je recommande ces quelques jours magiques, quant au mois d'Octobre, leur croissance achevée, le feuillage exubérant disparaît peu à peu, pour laisser apparaître les véritables petits trésors qu'il semblait prendre plaisir à nous dissimuler.   

Goûts, parfums, textures, et d'étonnantes propriétés alimentaires.
J'entends souvent cette réflexion, quand je les suggère à des clients qui ne les connaissent pas : « Vous savez, je n'aime pas trop les courges ». Il me semble curieux d'affirmer quelque chose d'aussi péremptoire, tant les saveurs peuvent varier de l'une à l'autre. Qu'on n'aime pas les poireaux en général, certes. Il n'y a pas de différence majeure entre un « Hiver de St Victor » et un « Monstrueux de Carentan ». Mais quels points communs entre le gros potiron « Galeux d'Eysines », le fondant « Sweet Dumpling » et l'amusant « Spaghetti végétal » ? Bien peu en vérité. Tellement peu qu'elles méritent au moins d'être dégustées séparément, chacune considérées avec son intérêt propre. On peut alors appréhender les courges comme une chance : celle d'avoir à portée de jardin, un invraisemblable réservoir de diversité.
Qu'on ne s'y trompe pas, de tailles monstrueuses ou plus modestes, les belles ne contiennent quasi exclusivement que de l'eau, autour de 90% en général. D'un point de vue nutritionnel, avec son taux très élevé de béta-carotène, le potimarron tient à ce propos une place tout à fait à part .Cela dit, il faut bien se rappeler que les courges sont des fruits destinés à la consommation hivernale quand, théoriquement, nous n'avons plus à disposition que légumes racines et graines. Elles sont alors à ce moment, un précieux apport de matière « fraîche ». Il est vrai que maintenant nous pourrions avoir le choix même en plein hiver : courges stockées ? Ou tomates, concombres et autres invraisemblances forcées sous serre ? Le mien est fait. Finalement, ce sont en fait leurs graines, dont on extrait de l'huile, qui sont les plus intéressantes. Riches en protéines (environ 30%), en lipides (environ 45%), elles ont des vertus vermifuges (une cinquantaine de grammes permet de décrocher la tête du ténia...) et participent à la prévention des hypertrophies de la prostate : Messieurs, consommons des graines de courges !   

De qui parlons-nous exactement ?
Au fait, qui sont-elles exactement ces courges ? Il est vrai qu'on s'y perd un peu : Ce sont des potirons, des citrouilles, des coloquintes* ? Et la courgette, c'est un potiron immature, ou une petite citrouille ? La réponse n'est pas simple. Je laisse à chacun le temps de prendre un cachet d'aspirine avant de tenter d'y répondre. D'autant que les nombreuses appellations populaires semblent avoir fait fi de la botanique, qu'un même nom recouvre des réalités bien différentes.
Au départ, il y a une grande famille qui, persuadée que le ridicule ne tue pas, porte le ravissant et toujours plaisant nom de cucurbitacées. C'est une grande et noble lignée qui compte en son sein une nombreuse et prolifique parenté : courges diverses et variées bien sûr, mais également concombres, melons, pastèques, coloquintes et bien d'autres représentantes encore, pour la plupart moins fréquentes sous nos climats cependant.
Pour des raisons indépendantes de ma volonté, il semble qu'il y ait eu fâcherie chez les cucurbitacées, comme c'est fréquent dans les grandes familles, et que certaines représentantes aient décidé d'avoir leur propre identité. Ce qui est leur droit, mais embrouille un peu une situation déjà compliquée. De cette, appelons-la « tribu », des cucurbitacées, sont nées quelques grandes familles, ou plus exactement espèces. En ce qui nous concerne, cucurbita pepo, cucurbita maxima, cucurbita moschata, cucurbita argyrosperma et cucurbita ficifolia. Voici pour l'essentiel du sujet de ce dossier.
Elles ne portent bien sûr pas toutes un nom différent pour le simple plaisir de nous embêter, mais parce que malgré les apparences (les courges sont des courges !) on peut relever des différences notables.  
Espèces par espèces.  
Les cucurbita pepo : La voilà la citrouille ! En effet, caractérisées par leur pédoncule anguleux et leurs feuilles rigides, les courges de cette catégorie sont les plus représentées au jardin : courgettes, pâtissons, courge spaghetti, courge d'halloween, et autres « citrouilles » encore.  
Les cucurbita maxima : Et maintenant les potirons ! Effectivement, même si leur feuillage a les mêmes caractéristiques générales que les C.pepo, leur pédoncule cylindrique les distingue des précédentes. Elles ont en général de gros fruits, les fameux potirons. Moins exigeantes en chaleur que les C.pepo, elles se prêtent plus facilement à la culture dans les zones fraîches.  
Les cucurbita moschata : Ni citrouille ni potiron ! On les distingue à leurs feuilles molles et leur calice très court. Une des plus célèbres représentantes est probablement la courge musquée de Provence, à la magnifique chair d'un rouge cuivré, d'excellente conservation, et qu'on serait bien tenté d'appeler potiron : Eh bien non ! Botaniquement du moins.
Je laisse volontairement de côté les familles C.argyrosperma , et C.ficifolia qui, courge de Siam exceptée, sont moins représentées au potager, et pourront faire l'objet d'un autre dossier.
Outre savoir un peu mieux « qui est qui », cette classification nous permet de mieux adapter nos cultures au potager. C.maxima, la famille la plus résistante au froid sera préférée au nord de la France, les C.pepo, souvent consommées avant maturité ne posent pas de problème également. Seules les C.moschata peuvent s'avérer décevantes en fonction des années.   

Et surtout :
Il est très tentant de conserver les graines de courges pour les ressemer soi-même. Elles sont en effet de belle taille, faciles à extirper et à conserver jusqu'à la belle saison. Cependant, il faut savoir qu'il y a une hybridation (croisement) naturelle qui se produit, dès la première génération. Cela dit, il n'y a pas d'hybridation entre espèces : une C.moschata ne fréquente pas les C.pepo, qui ne fraierait pour rien au monde avec une C.ficifolia. Plus concrètement, voici quelques exemples :
Si vous cultivez au jardin des courgettes et des potimarrons, ce sont tous deux des pepo, il y aura hybridation. Les graines issues de ces fruits récoltés vous donneront des fruits différents de « leurs parents ». Pour autant, pas forcément dénués d'intérêt.
Si vous cultivez une courge de Siam, des courgettes, et du potiron bleu de Hongrie, il n'y aura pas hybridation (C.ficifolia-C.pepo-C.maxima) : vous pouvez ressemer les graines, et prévoir ce que vous récolterez.
Si vous cultivez une courge de Siam, des courgettes, du potiron bleu de Hongrie, de la musquée de Provence, il peut y avoir hybridation bien que toutes les 4 soient d'espèces différentes (C.ficifolia-C.pepo-C.maxima-C.moschata) ! Eh oui, la nature est un peu comme les règles d'orthographe, c'est tellement plus drôle quand il y a des exceptions. Ainsi, C.moschata et C.maxima, qui ne devaient pas être complètement brouillées, peuvent s'hybrider entre elles.
Cependant, il est toujours amusant de produire soi-même ses graines et les hybridations naturelles peuvent être l'occasion de plaisantes surprises. Il ne faut néanmoins pas oublier que les pollens circulent. Vos voisins peuvent tout à fait avoir des représentantes de chaque espèce chez eux. Il faudrait alors féconder manuellement vos fleurs, mais ceci est une autre histoire.   

Il n'y a pas de hasard.
Comme de nombreux autres légumes, les courges se sont vues octroyer le privilège de rentrer dans le langage courant. Et comme pour ses pairs d'ailleurs, - « navet », « patate », et j'en passe - ce n'est pas toujours à son avantage. Se faire appeler « courge » ne ravira pas forcément le ou la destinataire du compliment. Paradoxalement, comme à chaque fois que son sens est dévoyé, ce procédé montre l'attachement populaire et le succès qu'il rencontre. Si sous l'emprise de la colère, je qualifie quelqu'un de « cervelle de scolyme** », il n'est pas sûr que le malheureux, n'en ayant probablement jamais vu, perçoive toute la portée du qualificatif.
Est-ce lié à leurs formes luxuriantes, souvent féminines, leur relative simplicité de culture ? Toujours est-il que les courges alimentaires, essentiellement les C.pepo, à l'image de leur croissance ultra rapide se sont très vite imposées en Europe. Nul besoin de Parmentier pour en faire la promotion. Pas de détour non plus par les jardins ornementaux comme c'est arrivé à la tomate, pour convaincre les jardiniers. Non, à peine descendues des caravelles des conquistadors, et déjà nos cucurbitacées couvrent le terrain de leurs vrilles, de leur feuillage abondant, et de leurs fruits extraordinaires. Magiques, diraient certains, qui leurs confèrent même l'étrange propriété de se changer en carrosse, d'y mijoter des mixtures de sorcières et autres diaboliques préparations. 
Même si ces chiffres sont à prendre avec précaution puisqu'ils recouvrent quasiment toutes les formes de Cucurbita alimentaires cultivées, on estime à quelques 16 millions de tonnes la production mondiale. On peut effectivement parler de succès...
T_FEDESAMARTH